Mojo

J’ai filmé Petit Ours Brun au smartphone

Pour les réseaux sociaux de Bayard Jeunesse, j’ai suivi durant 18 mois les coulisses de la nouvelle série animée Petit Ours Brun (diffusée sur France 5) en « MoJo ». Et réalisé 10 très courts-reportages thématiques de 90 secondes, de l’écriture des scénarios jusqu’au mixage final en passant par l’animation, la musique… Signes particuliers : des tournages express avec un équipement minimum. Résultat, des imperfections. Mais la forme importe moins que le fond.

“Oh et tiens voilà quelqu’un… ». Ah oui, c’est le journaliste avec son smartphone ! Quand je poussais la porte d’un studio avec mon attirail mobile, j’avais droit à des regards amusés, parfois compatissants. Comprenez-les : on leur avait annoncé un tournage vidéo et ils voyaient débarquer un gus avec deux iPhones et deux trois accessoires dont une lampe riquiqui… dans une pièce sans fenêtre à peine éclairée. Car il en est ainsi des studios d’enregistrement. Au début j’ai regretté de ne pas avoir suggéré d’utiliser plutôt une « grosse » caméra plus sensible aux très basses lumières. Car mon iPhone 7 Plus n’était certainement pas le mieux adapté pour les tournages dans la pénombre. Mais finalement, je ne regrette pas ce sous-équipement pour l’agilité qu’il m’a permis. Pour le reste, j’avais en plus une optique Télé 60mm Moment, une torche LED Aputure (que je n’ai pas utilisée au final) un grip Shoulderpod X1 à deux poignées et un micro canon Rode VideoMic Pro de première génération. Sans oublier un trépied, un micro cravate Rode Smartlav+ et une rallonge SC1 pour les interviews posées.

Le matériel ne fait pas tout

«Pourquoi une lentille additionnelle (60mm)» se demanderont certains alors que l’iPhone 7 Plus dispose de deux optiques dont un 50mm ? Parce que le 50mm en question n’est pas stabilisé. Alors qu’en montant une optique devant la lentille principale (grand-angle) de l’iPhone 7 plus, je profitais d’un télé-objectif stabilisé… indispensable puisque j’avais opté pour des plans à mains levées avec un grip à double poignées pour gagner du temps. «Mais, justement, pourquoi pas un stabilisateur type Osmo Mobile ? » J’attendais cette question et je vous remercie de l’avoir posée 😉 Parce que le stabilisateur n’est pas la panacée qu’on veut faire croire et qu’il ne convenait pas du tout pour mes reportages « express » (90 minutes au maximum le plus souvent) où j’avais souvent besoin d’ajouter mon optique -et d’alourdir le smartphone – pour me rapprocher virtuellement des sujets et surtout d’ajouter au sommet un micro canon sensible pour bien prendre le son. C’est un peu la recette de mes sujets. Si, pour les sujets en immersion, j’affectionne le Rode VideoMic Pro, plutôt qu’un petit canon simple comme le VideoMic Me par exemple, c’est qu’il profite d’un réglage de sensibilité (0dB par défaut, mais aussi -10 dB et +20dB). En optant pour la sensibilité maximum de +20dB et en baissant le gain dans Filmic Pro, j’obtiens un son très proche du sujet, un peu comme si un ingénieur du son lui tendait une perche, tout en le filmant parfois à plus de deux mètres. La preuve ci-dessous avec le sujet sur les bruitages, où je devais capter distinctement des sons aussi discrets que des frottements de vêtements où des pas dans l’herbe, sans trop m’approcher du bruiteur.

Le fond plus que la forme

Quel enseignement je tire de cette expérience ? Que malgré ma passion avouée pour le matériel, il importe assez peu dans ce type de reportages où tout doit être fait vite et avec des contraintes qui auraient certainement nécessité un autre équipement. Certes, de nombreux plans « vite faits » auraient mérité davantage de soin dans un tournage organisé. Mais de façon générale en reportage « MoJo », le matériel importe moins en définitive que le fond et la façon dont on raconte l’histoire. Le spectateur accepte facilement les imperfections (le « bruit » dans les images sombres, les plans qui tremblotent ou quelques portraits « surex ») quand l’histoire et le montage sont bons. L’important c’est le « storytelling », pour reprendre un vocable galvaudé que je n’aime pas beaucoup. On parle de « style » ou de « talent » pour l’écrivain qui ne se contente pas d’écrire en bon français ni de mettre des mots les uns derrière les autres. En fin de compte, le storytelling n’est rien d’autre que l’art de conter l’histoire audiovisuelle, de telle sorte qu’elle tienne et retienne les spectateurs.

Laurent Clause

Laurent Clause

Je suis journaliste par vocation, spécialiste des nouvelles technologies depuis la fin des années 80, tout particulièrement de celles liées à la création et à la communication. Réalisateur via ma société Milledix, je suis aussi formateur : à Gobelins l'Ecole de l'Image, à Sciences Po Paris, pour le groupe CapCom ou ma société Milledix, j'enseigne l'écriture audiovisuelle, le montage avec FCP X ou Adobe Premiere Pro et surtout la vidéo-mobile (tournage et montage sur smartphone).

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