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DoubleTake : l’iPhone filme avec deux caméras en même temps

Filmic a enfin lancé son application « double caméra » qui permet à l’iPhone de filmer avec deux de ses objectifs en même temps, en deux rushes distincts et synchrones ou en couplant les deux vues dans la même vidéo « splitée ». DoubleTake est une appli minimaliste côté réglages, qui ouvre cependant de nouvelles possibilités narratives à l’iPhone.

Le « wow » de la Keynote iPhone 11

C’était l’apothéose de la keynote d’Apple en septembre dernier pour démontrer la puissance de l’iPhone 11 Pro (à partir de 1h27m38s dans la vidéo). Une démo de ce que l’on pensait être la future version de Filmic Pro, commentée par Sean Baker (metteur en scène de « Tangerine » -tourné à l’iPhone- et de « Florida Project ») et Christopher Cohen (CTO de Filmic Inc.). Où l’on découvrait, sur l’écran de l’iPhone et à la façon d’un écran de caméra de surveillance, les vues en simultané des quatre objectifs de l’iPhone 11 Pro (les trois objectifs de l’appareil ainsi que la caméra selfie). Et la possibilité d’en sélectionner deux parmi les quatre pour un enregistrement de deux flux séparés simultanément…

Appli gratuite et minimaliste

En retard sur ces projets -l’appli était annoncée pour fin 2019-, Filmic a finalement revu sa copie. D’abord, DoubleTake est une application indépendante (« stand alone »), qui plus est gratuite. Et non une nouvelle fonction de Filmic Pro. La dernière mise-à-jour de Filmic intègre tout de même dans ses réglages Caméras, un bouton pour basculer sur DoubleTake. Ensuite, DoubleTake en fait un peu plus que ce qui avait été annoncé, à savoir l’enregistrement de deux flux HD1080p séparés pour un montage multicam. En effet, l’appli permet aussi d’imbriquer les deux vues dans la même vidéo, soit en divisant l’écran en deux (« split screen », côte-à-côte en 16:9 ou l’une au dessus de l’autre en 9:16), soit en PIP  (« picture in picture », en plaçant la miniature dans le coin de son choix). Trois cadences d’enregistrement sont proposées  (24, 25 ou 30 fps), un histogramme RVB incrusté en bas de l’écran pour les puristes… Et puis c’est tout côté réglages. La vidéo, ou les deux enregistrées séparément sont stockées dans la filmothèque de l’application. De là, il est possible de les envoyer dans les Photos de l’iPhone ou vers d’autres destinations (Fichiers, SMS, Airdrop…)

Des cadres pas parfaits

Aussi bluffante que puisse paraître la fenêtre de DoubleTake avec ses 4 vues simultanées sur un 11 Pro (en haut de cette page) ou ses 3 vues sur les autres modèles compatibles (iPhone XR, XS et 11), en pratique les possibilités de l’appli laissent certains puristes -dont je suis- un petit peu sur leur faim. Outre l’absence de réglages autre que la cadence d’enregistrement, pour ce qui est du cadre, l’utilisation de deux caméras de l’iPhone en même temps est loin de valoir celle de deux smartphones distincts. Exemple, avec l’image en haut de cette page. Pour une interview en utilisant l’ultra-wide (quart supérieur gauche) et le téléobjectif (quart inférieur gauche) : le cadre est à peu près OK en plan serré, mais en plan large le sujet a beaucoup trop d’air au dessus de la tête. Ce type d’usage du très grand angle et du télé-objectif fonctionne donc surtout pour les plans d’illustration. Preuve en est avec les deux vues « splitée »s ci-dessous, en 16:9  et en 9:16, où vous constaterez que la mise au point fonctionne parfaitement sur la vue télé puisqu’on profite de réticules distincts pour faire le focus sur chaque vue.

Autre exemple, l’interview one-to-one en “splitant” l’écran, illustrée par les images côte-à-côte ci-dessus. Dans les deux cas, la personne interviewée (à gauche) regarde le cadreur/journaliste… et donc la caméra en même temps puisque ce dernier est juste derrière. C’est le principe des “interviews“ de Brut, interviews qui n’en sont pas pas puisque par définition un entretien nécessite un interlocuteur qu’on ne voit pas, mais dont on devine la présence virtuelle puisque le regard de l’interviewé traverse traditionnellement l’image dans sa direction. Passons et revenons à DoubleTake. Si le journaliste regarde la personne qu’il interviewe (image de gauche), son regard à lui semble ailleurs. Alors que dans l’image de droite, il s’oblige à regarder la caméra selfie. Outre le fait que c’est difficile à tenir dans le cadre d’un échange réel, la vue obtenue évoque davantage deux témoins interrogés simultanément pour un duplex en visioconférence, qu’un entretien de deux personnes dans le même lieu.

Ce que j’en pense

Même si tout n’est pas parfait, et en attendant que Filmic Pro en inclut une déclinaison plus professionnelle, DoubleTake marque une nouvelle évolution pour la vidéo-mobile, côté iPhone en tous cas. Les vidéos produites avec sur YouTube et les réseaux sociaux depuis quelques semaines en attestent. L’écran splitté permet de  montrer la vue en plan large et en plan serré, ou une vue avant et une vue arrière, ou encore une interview avec les deux interlocuteurs face caméra. Les journalistes/blogueurs apprécient quant à eux le picture-in-picture, qui leur permet de se mettre en scène dans l’image. Autant de choses que l’on peut faire au montage en mieux, en profitant du coup de plus d’options tant au tournage qu’en post-prod. L’intérêt de DoubleTake serait donc de supprimer une phase d’édition pour gagner, une fois encore en rapidité pour publier. Alors pourquoi ne pas proposer les fonctions de DoubleTake pour le live ? En les intégrant dans cette appli « Argon« , restée à l’état de projet depuis que l’ai  chroniquée il y a trois ans ? Pour le live, là “j’achète” !

Laurent Clause

Laurent Clause

Journaliste par vocation, spécialiste des nouvelles technologies depuis la fin des années 80, je suis devenu réalisateur d'images et formateur, formateur vidéo smartphone en particulier. J'interviens avec ma société Milledix ainsi notamment qu'à Gobelins l'Ecole de l'Image, Sciences Po Paris et pour le groupe CapCom. J'enseigne l'écriture audiovisuelle, le montage avec FCP X ou Adobe Premiere Pro, et je forme à la vidéo-mobile, au MoJo (mobile journalism), au tournage avec Filmic Pro, Open Camera ou autres et au montage notamment avec LumaFusion, Adobe Rush et Kinemaster.

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