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Plaidoyer en faveur du “smartlens”

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Un vrai zoom sur un smartphone, ça existe. Ou plutôt ça existait. L’année 2014 avait vu fleurir les smartlenses. Et on s’était pris à rêver que les smartphones pourraient concurrencer de gros appareils photos et caméras. Deux ans plus tard, ces smartlenses disparaissent des sites de  e-commerce aussi rapidement qu’ils étaient apparus. Dommage : je leur ai trouvé un usage typiquement MoJo, comme vous le verrez plus bas…

Les smartlenses sont de drôles d’objectifs autonomes, munis d’un capteur et d’un système de stockage sur carte mémoire. En définitive, il s’agit d’appareils photos/caméras numériques réduits à l’essentiel, débarrassés du boîtier mais aussi du viseur et de l’écran de visualisation. Comment fait-on pour cadrer si on ne peut pas viser ? Si je vous en parle sur ce site, c’est évidemment que les smartlenses ont à voir avec les smartphones ! Via une application qui les relie au smartlens -en wifi ou en bluetooth-, ces derniers font en effet office de viseur, écran de contrôle et déclencheur du smartlens. Quatre fabricants ont ainsi commis des smartlenses depuis 2014 : Kodak, Sony, Vivitar et Olympus. La plupart sont équipés d’un pas de vis standard pour se fixer sur un trépied et de deux pattes-crochets escamotables pour venir s’arrimer au dos d’un smartphone… qui prend du coup un drôle d’air d’appareil photo compact. Le plus simple est que vous jugiez sur pièce avec cette démo du Kodak PixPro SL 25.

Kodak PixPro 
k2-_6a98510b-9524-4bdc-a7c1-2ec4c3cc4161.v1Vous l’avez peut-être constaté dans la vidéo ci-dessus : aussi puissant soit-il, le zoom du PixpPro SL25 ne brille ni par sa rapidité, ni par l’acuité de son autofocus, ni par son piqué. Compte tenu de son petit temps de réaction, il est même difficile de stopper le zoom à l’endroit où on le veut précisément. A près de 200 €, ce smartlens est parmi les moins chers aujourd’hui. Kodak propose aussi un modèle x10, le PixPro SL10 (120 € chez Boulanger)

Sony QX
Capture d’écran 2016-05-10 à 14.19.17De son côté, Sony en propose trois modèles. En entrée de gamme le QX10 (18 Mpixels et zoom x10 à 190 €) puis le QX30 (20 Mpixels et zoom x30 à 300 €). Et plus intéressant, en haut de gamme le QX1 (20 Mpixels et la possibilité de visser les optiques Sony de type E, destinées aux reflex numériques de la gamme Sony Alpha. Comptez 460 € environ pour ce smartlens et des optiques entre 200 et plus de 2000 €.

Olympus Air A01
olympus-air-10-670x576Olympus a tenté, lui aussi, une incursion sur le créneau du smartlens avec le Air A01. Il s’agit d’un capteur 16 Mpixels, qui accepte, comme chez Sony, une vingtaine d’optiques interchangeables. Olympus définit ce concept comme une plateforme ouverte avec un SDK pour les développeurs d’applications. Pas certain qu’elle ait pris, car il est quasi impossible de dénicher l’AIR A01 en France

 

Sur le même principe de la monture smartlens à optiques interchangeables, Vivitar a aussi présenté un prototype il y a plus d’un an. Qui plus est doté d’un flash ultraplat à jucher au dessus de l’objectif (voir la photo en haut de cette page). Malheureusement, le concept n’a jamais dépassé le stade du projet.

Outre leur prix, si ces smartlens peinent à convaincre, c’est qu’ils présentent différents inconvénients. D’abord ils sont encombrants. Du coup le journaliste mobile qui privilégie légèreté et compacité du matériel préférera se tourner vers un smartphone comme le Samsung Galaxy K Zoom (580 € env.) qui intègre son propre zoom. Ensuite, les smartlens demandent souvent quelques secondes de manipulation (le temps que le smartphone s’y connecte, celui de transférer les images de leur carte mémoire vers celle du téléphone…) alors que c’est souvent la rapidité d’action qui est souhaitée. En outre, aucun n’offre mieux que la Full HD (1920×1080), quand nombre de smartphones tournent maintenant en 4K. Mais ce n’est pas vraiment un handicape puisque la Full HD est le format le plus répandu sur le Web en même temps qu’à la télévision. Tous les smartlens capturent enfin en 30 fps, et il faut convertir en post-prod leur flux en 25 fps pour une diffusion télé… Mais si la plupart des MoJo les rejettent c’est parce qu’on ne peut pas y brancher de microphone externe et que leur micro intégré est souvent de qualité très moyenne, avec même  un bruit de fond pour certains. Qu’à cela ne tienne : j’ai trouvé un moyen de tirer avantageusement parti du smartlens dans le cadre d’une interview. Démonstration en images :

Faites les comptes : avec un smartphone (à partir de 500 €), un smartlens équipé d’un zoom x10 d’entrée de gamme (env. 200 €), un grip, un magic arm et un et un micro cravate, vous filmez comme si vous utilisiez deux caméras Full HD sur le même trépied, avec deux valeurs de plan simultanées. Voire trois valeurs de plan : en tournant en 4K avec l’appli appareil photo du smartphone, vous avez la possibilité de recadrer en 1920×1080 au montage et donc de générer un plan large et un plan plus serré à partir des images du smartphone, ainsi qu’un gros ou très gros plan avec le smartlens. Je ne vous cache pas que l’application PixPro fournie par Kodak n’est pas sans défaut et qu’elle nous a donné du fil à retordre. D’abord il faut déclencher l’enregistrement, simplement pour sortir du mode photo par défaut et accéder au mode vidéo. Ensuite, il faut opter pour le format 16:9, parce que par défaut c’est le 4:3 qui est sélectionné, en, vidéo aussi, un comble. Enfin, il lui arrive de perdre la connexion WiFi avec le smartphone… Un peu amateur, je vous le concède. Mais une fois le cadre “calé”au téléobjectif, ça fonctionne ! Seule condition, comme je l’explique dans la vidéo, lancer l’enregistrement depuis l’appli PixPro en premier, puis celui de l’appli appareil photo en second. Le simple fait de switcher d’appli stoppe en effet l’enregistrement vidéo de la caméra d’iOS. Et je suis prêt à parier qu’il en est de même côté Android. Contraignant, certes. Mais pas suffisant pour que je cesse de militer en faveur du smartlens en complément du smartphone, notamment pour les interviews posées ou dans la longueur, ou plusieurs valeurs de plan seront bien utiles au montage.

smartlensPhone

Laurent Clause

Laurent Clause

Je suis journaliste par vocation, spécialiste des nouvelles technologies depuis la fin des années 80, tout particulièrement de celles liées à la création et à la communication. Réalisateur via ma société Milledix, je suis aussi formateur : à Gobelins l'Ecole de l'Image, à Sciences Po Paris, pour le groupe CapCom ou ma société Milledix, j'enseigne l'écriture audiovisuelle, le montage avec FCP X ou Adobe Premiere Pro et surtout la vidéo-mobile (tournage et montage sur smartphone).

6 Commentaires

  • Omar dit :

    Suite à cette ingénieuse démonstration, j’ai testé le « bi-cam » effectué avec un Kodak Pixpro SL10 sur un Android Sony Xperia (+ appli Open Camera) . Ca fonctionne bien mais je regrette que l’on ne puisse verrouiller les réglages sur le smartlens car la mise au point bouge beaucoup et met du temps à se stabiliser si la personne filmée remue sur sa chaise.

    • En effet, impossiblde de verrouiller le point sur un smartlens d’entrée de gamme comme les Kodak : leur Autofocus est obligatoire. Mais ma démo portait vraiment sur l’interview où, en théorie, l’interviewé gesticule peu 😉

  • Jerome Senegas dit :

    Bonjour,
    Est il possible de gérer le zoom depuis le smartphone?

    • Non : le zoom étant un « vrai » zoom, sur l’objectif, il ne se gère que sur le smartlens lui-même, avec un curseur mécanique T-W comme sur n’importe quelle caméra.

    • jocteur pierre dit :

      Avec le pixpro sl 10, il est possible de zoomer a partir du smartphone en zoomant manuellement sur l’image de prévisualisation avec deux doigts
      testé sur mon matériel, le zoom du pixpro réagit au changement de zoom de l’image du smartphone
      cordialement
      Pierre

  • […] distant, celui du smartphone évidemment. C’est le concept du « smartlens » pour lequel j’ai beaucoup milité naguère. Je le croyais enterré depuis les échecs cuisant sur ce créneau de géants de la photo comme […]

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