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Combien coûte un tournage mobile ?

C’est la question que se posent à la fois les agences, « pure players » d’info et les services de communication. Mais aussi les journalistes mobiles freelance. Ma réponse, pas forcément attendue est : «pas moins cher qu’un tournage classique de JRI avec une grosse caméra». Ça vous surprend ? Pourtant ça s’explique très bien.

Les clients espèrent que les tournages mobiles vont réduire de façon drastique le coût des vidéos qu’ils ont à produire.
– Ben oui, tout le monde a un smartphone dans la poche !
– Et ben allez-y, tournez-le vous-même votre film ! Vous avez quoi comme smartphone déjà ? Y a au moins 20 Go de libre dedans ? Et les applis, vous les avez ? Les connaissez-vous au moins ? Vous avez aussi un bon micro pour les interviews et de la lumière ? Et bien sûr vous savez régler, cadrer, scénariser, monter, mais aussi écrire et enregistrer une voix off…

Faire un vrai boulot de JRI « 360 » cela ne s’arrête évidemment pas à appuyer sur un gros bouton rouge. Ça, en effet, vous êtes en mesure de le faire tout seul. Mais l’outil seul n’est rien sans des connaissances grâce auxquelles son usage devient professionnel.

Avec les smartphones, les JRI, espèrent quant à eux qu’ils vont pouvoir manger à peu près à leur faim. Pour eux, l’avantage c’est qu’il n’y a pas à investir dans de l’équipement pro, ni même à le louer. C’est vrai, en partie. Car un tournage Mojo nécessite généralement micro(s), interface(s), trépied ou stabilisateur, grip, LED panel plus ou moins gros… bref un minimum d’accessoires « pro » pour donner au film un look « pro », qu’un smartphone tout seul ne suffit pas à garantir.

Faites-donc le compte : un peu d’équipement et beaucoup plus de connaissances, compétences et de pratique que vous n’en avez évidemment s’agissant à la fois de de filmer, sonoriser, écrire, monter, raconter… et post-produire un minimum. Et oui, parce que vous allez évidemment vouloir un générique à vos couleurs, ou bien des « synthés » chartés, peut-être même des transitions et un peu d’étalonnage… Tout cela représente un vrai travail et se traduit par un prix.

Celui d’une journée (ou plus) du travail d’un JRI, dont le salaire « syndical » (sur les chaînes du service public notamment) commence aujourd’hui à 250 € net/jour. Ou encore 500 € HT pour un freelance sur facture avec TVA, et approximativement autant pour un auto-entrepreneur exonéré de cette même TVA. Ceci est le coût minimum, je le répète, pour une journée de travail  d’un JRI freelance aujourd’hui puisqu’il ne travaille pas 20 jours/mois. Et ce coût ne comprend pas celui du matériel de tournage, généralement loué ou prêté par la chaîne. Compte tenu de ces informations et sachant que pour produire un bon 3 minutes, il faut une journée pour un JRI chevronné -en tablant sur le fait que tournage a pu être concentré sur une demie-journée-, je vous laisse en déduire le coût d’un tournage MoJo… à défaut  de pouvoir calculer l’âge du capitaine !

Laurent Clause

Laurent Clause

Je suis journaliste par vocation, spécialiste des nouvelles technologies depuis la fin des années 80, tout particulièrement de celles liées à la création et à la communication. Réalisateur via ma société Milledix, je suis aussi formateur : à Gobelins l'Ecole de l'Image, à Sciences Po Paris, pour le groupe CapCom ou ma société Milledix, j'enseigne l'écriture audiovisuelle, le montage avec FCP X ou Adobe Premiere Pro et surtout la vidéo-mobile (tournage et montage sur smartphone).

4 Commentaires

  • Roger Baudet dit :

    Totalement d’accord. De plus, tourner avec du matériel ultra léger demande passablement de pratique, car un smartphone n’a pas du tout l’ergonomie ni la stabilité d’une caméra dédiée. En gros, je trouve que tourner au smartphone est très inconfortable et en définitive peu intéressant, car les prix des petites caméras pros ont en plus fortement chuté ces dernières années.

  • Gollot dit :

    Merci Laurent pour ces précisions qui ont leur importance !

  • Marjorie dit :

    Bonjour,

    Merci de ces pistes de réflexion.
    Je ne comprends pas votre remarque : « puisqu’il ne travaille pas 20 jours par mois ». Si le JRI, mojo ou pas, travaille à temps partiel, il ne peut pas demander à être payé plus pour compenser et gagner, en fin de mois, l’équivalent d’un salaire temps plein !
    Mais le point de repère « 3 minutes reportage + montage fini = 1 journée de travail » est intéressant.
    Merci encore.

    • Il n’est pas question de gagner l’équivalent d’un salaire temps plein. Ce que je voulais dire c’est qu’à la tâche, on gagne généralement plus que comme salarié à temps plein, dans l’audiovisuel, la presse écrite ou ailleurs. Si un JRI est payé 250 €/jour en pige salaire (500 € HT/j s’il est indépendant), un JRI salarié ne sera jamais payé 22 x 250€ (soit 5500€/mois).

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