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Quels plans d’illustration faut-il filmer ? (2)

Après les plans minimum de l’interview, le second volet de notre descriptif des plans d’illustration d’un film d’information est consacré au reportage.

Alors que les plans d’illustration de l’interview concernent surtout la personne qui témoigne, le reportage implique de ramener un éventail plus large de plans qui montreront des personnes évidemment, des lieux, mais aussi des actions, des natures mortes… Pas mal de gros plans donc, quelques plans larges ou moyens également et pourquoi pas quelques mouvements. Ici encore, chaque plan doit fournir une information en répondant à un des « 6W » (qui, ou, quoi, quand, comment, avec qui) et il doit se passer quelque chose dans le cadre, une action même minimum. Voici une liste -non exhaustive- de plans d’illustration à tourner pour un reportage.

  1. Des plans larges et/ou panoramiques, pour situer (où).
    Ils correspondent à ce qu’on a parfois coutume d’appeler les « Dallas », ces images qui situent l’action à venir, en référence à cette série américaine mythique des années 80 filmée en studio, où chaque scène était introduite par une image extérieure du bâtiment où elle était censée se dérouler. Je vais faire l’interview d’un commerçant, je filme systématiquement plan extérieur de la boutique, voir une panoramique du commence sur la rue et sa circulation pour finir sur l’entrée de la boutique. Je filme chez ELF : je fais un « pano » haut/bas qui commence sur le logo ELF au sommet de la tour pour s’achever sur l’entrée du building où des collaborateurs sont en train d’entrer.
  2. Des panoramiques ou travelling pour révéler (qui, quoi, comment)
    On utilise traditionnellement le panoramique pour passer un lieu en revue, comme si on le balayait du regard : une plage, une place, une assemblée… Mais « pano » et  travelling permettent aussi de révéler un personnage, un objet ou une scène, en jouant souvant en même temps sur le transfert de point. Gros plan sur une boîte à pizza sur une table basse, pano bas/haut qui révèle deux bonshommes assis dans un canapé le regard rivé à ce que l’on imagine être un écran de télévision. Une photo de famille encadrée, travelling latéral lent au slider qui révèle la famille en question, en train de dîner par exemple, au fond de la pièce.
  3. Des visages, regards, (qui, quoi)
    Des personnes qui échangent et dialoguent, soit en plan large (les deux personnes se faisant face, filmées de profil), ou plus dynamique, filmées façon dialogue, en champ puis contre-champ (derrière l’épaule de l’une puis derrière l’épaule de l’autre) en respectant évidemment la sacro-sainte règle des 180°. On peut aussi filmer des regards concentrés sur une action qu’on ne voit pas encore mais que l’on imagine.
  4. Mains en action (comment, pourquoi…)
    L’action suggérée par le regard (juste avant) est révélée ici : les mains sur le clavier ou la souris, les mains qui découpent, dévissent, dessinent, qui remettent ou transmettent un objet… Moralité , on enchainera ainsi quasi systématiquement le plan des yeux et celui des mains. On filme également les poignées de mains sur le perron de l’Elysée, échanges de billet ou les rendus de monnaie, et plus généralement les mains qui entrent et sortent du cadre pour prendre un reposer
    un objet…
  5. Signalétique (quoi, qui, où)
    Indispensables aussi, les plans d’affiches, affichettes, panonceaux, panneaux, plaques qui montrent à voir, à lire ou à déchiffrer tant qu’ils illustrent le propos : la plaque de la rue, celle du professionnel interviewé ensuite, le panneau de signalisation, la mise en garde sur l’affichette… Evitez de filmer ces éléments de face, optez plutôt pour une perspective, même légère, qui donnera de la profondeur à votre image en contextualisant de aussi la signalétique dans son environnement. Plus que pour n’importe quel plan d’illustration, pensez pour ces images de textes  à filmer des rushes suffisamment longs pour qu’on ait  le temps de lire ce qui doit être lu. Comptez en moyenne 5 ou 6 secondes en moyenne à l’écran pour lire deux courtes lignes de texte.
  6. Objets en détails, gros plans (quoi, comment…)
    Avec un smartphone plus qu’avec n’importe quelle caméra, approchez-vous au maximum des objets, c’est à dire entre 5 et 10 cm. Compte tenu de la focale (fixe et grand angle) des smartphones, c’est en filmant à cette distance des objets que vous obtiendrez de vrais flou/net entre les premier et second plan. Au choix : le premier plan net, l’arrière plan flou, ou vice et versa avec un premier plan flou qui joue ainsi ce qu’on appelle une « amorce ».
  7. Entrées et sorties de champ (comment, qui…)
    Plutôt qu’une succession de plans indépendants, préférez les actions qui créent une continuité. Misez ainsi sur les entrées et sorties de champs : les êtres vivants, les mains, les véhicules qui entrent ou sortent du cadre et créent naturellement des raccords d’un plan à l’autre. L’avion en papier qui sort de l’image à droite et entre sur le plan suivant par la gauche, la main qui s’empare d’un boulon et le visse entre deux doigts sur le plan suivant…
  8. Plans créatifs (qui, quoi, comment, où)
    Reste la catégorie des plans dits « créatifs », originaux ou inattendus. Les contre-plongées au ras du sol, les prises de vue aérienne aux drônes de plus en plus fréquentes, les travellings lents, parfois ralentis, filmés avec des stabilisateurs ou des sliders (rails motorisés)… Et les transferts de point, incontournables (hélas !) pour prouver qu’on est un pro.

De façon générale, en présence d’une action répétée ou qui dure un peu, filmez-la systématiquement dans deux valeurs de plan différentes : vous aurez alors la possibilité de raccorder ces deux plans (avec un « raccord dans l’axe ») pour créer cette continuité indispensable dans toute narration audiovisuelle. Enfin, ne perdez pas de temps à essayer de répondre en images à la question « Quand ? » en filmant  une montre, une horloge ou un éphéméride pour dater une scène d’information ! Si cet élément est important pour le sujet, vous le mentionnerez dans le commentaire off ou grâce à un « synthé » affiché sur les images.

Laurent Clause

Laurent Clause

Je suis journaliste par vocation, spécialiste des nouvelles technologies depuis la fin des années 80, tout particulièrement de celles liées à la création et à la communication. Réalisateur via ma société Milledix, je suis aussi formateur : à Gobelins l'Ecole de l'Image, à Sciences Po Paris, pour le groupe CapCom ou ma société Milledix, j'enseigne l'écriture audiovisuelle, le montage avec FCP X ou Adobe Premiere Pro et surtout la vidéo-mobile (tournage et montage sur smartphone).

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